La Picardie dans 20 ans, ça pourrait être le paradis!

La région Picardie, oui, en effet, traverse des difficultés économiques. Il suffirait de comptabiliser le nombre d’emplois industriels perdus depuis 1990 pour s’en rendre compte. Cela dit, il serait excessif de sombrer dans un catastrophisme territorial, focalisant sur nos difficultés. Nous avons des atouts, qui, très probablement, seront décisifs à moyen ou long terme. Je sais, qu’aujourd’hui, à cet instant, cela pourra faire sourire d’aucuns, qui connaissent peu la Picardie, et qui ne se projettent pas à l’appui d’une réflexion globale, mais la région Picardie, si elle existe encore dans 15 ans (je le souhaite !) peut s’en sortir. C’est en m’intéressant aux travaux de Laurent Davezies que j’ai confirmé, ce que j’avais compris intuitivement il y a plusieurs années. Depuis 2000, on mesure que ceux qui quittent les villes le font pour une quête de qualité de vie. Cette dernière se trouvera dans des régions relativement bien équipées en termes d’infrastructures, de moyens de transports, d’accès à des réseaux de télécommunications. Ce sont les anciens territoires industriels situés dans le nord-est français. Ils sont « au cœur de l’Europe » comme le souligne Laurent Davezies, proches des grands centres économiques, et disposent de nombreuses infrastructures grâce à un siècle et demi d’urbanisation et d’équipement. Nous disposons aussi d’une force: le logement, chez nous, n’est pas cher (comparativement à la région parisienne). Dans 15 à 20 ans ce besoin nouveau, plus important, aura atteint un seuil critique : le besoin d’espace. L’espace dans les grandes villes dynamiques étant très cher, nos valeurs foncières et immobilières sont des atouts considérables. Cela intéressera les retraités qui vont connaître (hélas) une baisse de leur pouvoir d’achat dans les années à venir. Le « faible » coût du foncier, à l’appui d’un taux d’équipement relativement satisfaisant attirera aussi les travailleurs indépendants, dont l’augmentation se fait jour depuis 10 ans. Ces travailleurs exercent chez eux, qu’ils soient intellectuels, artisans ou professionnels d’internet. Nous devrions y réfléchir sérieusement. D’autant plus que nous le savons désormais, les métropoles –souvent vantées– assurent, certes, la croissance, mais pas le développement : en somme, les indicateurs (solde migratoire, revenu, emploi, pauvreté) soulignent que le groupe Paris, Lyon, Lille et Marseille ne se porte pas si bien que cela. Le développement se fait ailleurs, en « régions » comme on dit précautionneusement, dans les « territoires ». Ainsi, aux métropoles la croissance, aux territoires le développement. Cela posera d’autres problèmes c’est vrai, car il faudra maintenir un ratio population/équipement suffisant pour endiguer le risque de cité-dortoir, et surtout maintenir la mixité sociale. Ce s20140703-171643-62203827.jpgera dur, ne nous le cachons pas, si les contraintes budgétaires absurdes que le gouvernement (et les prochains) impose ne cessent pas (11 milliards d’euros en moins dans les caisses des collectivités d’ici à 2017). Les deux tendances précitées devraient, à tout le moins faire cesser les ricanements de ceux qui du haut de leur métropole, méprisent les régions « rurales » ou équilibrées. N’enterrons pas trop vite la Picardie. Changeons de prisme ! Et surtout, considérons le moyen, et long terme. Anticiper, lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’organisation des territoires est un exercice indispensable. Ainsi, pourquoi ne pas s’appuyer sur l’indicateur de santé sociale, mis en place par des universitaires lillois (Clersé Lille 1) pour mesurer le « bien-être économique » de nos régions, et décider en fonction de ce dernier, quels doivent être les moyens à affecter à ces dernières. De ce point de vue, il apparait que la Picardie ne s’est pas faite assez entendre. Il aurait fallu crier notre colère. Aujourd’hui certains territoires ne vont pas trop mal (et c’est heureux), mais se plaignent beaucoup (je pense à la Bretagne, que j’aime par ailleurs énormément), alors que nous autres, dans le nord-est, sommes fortement pénalisés pour le moment. Nous n’avons pas, nous (encore une fois : pour le moment), d’économie résidentielle, notre industrie s’effondre et l’emploi public s’est affaibli avec le départ de multiples casernes (Compiègne et Noyon pour prendre deux exemples très locaux). Nous sommes les plus dépendants des fonds publics et pourtant les moins entendus. Dans l’absolu, la situation économique et sociale de la Picardie aurait pu justifier que le gouvernement opère un moratoire dans notre région, des baisses de dotations. Ces baisses de dotations, c’est nous qu’elles vont le plus pénaliser, ainsi que des régions comme les Pyrénées-Orientales ou le Limousin. La question d’un équilibrage entre régions doit être posée. La question des moyens surtout. Car les atouts dont je parlais précédemment nécessitent, pour que nous en profitions tous, que des politiques publiques soient mises en place. Justement, nous pouvons penser, à l’appui du pôle Compiègne-Soissons, qui est appelé à devenir ce nord-est « cœur d’Europe » (dont le rayonnement géographique pourra supplanter celui d’Amiens), notamment grâce au Canal Seine-Nord Europe, que le développement interdépartemental est nécessaire. Je me suis récemment laissé aller à un rêve fou : celui de la réalisation d’une ligne ferroviaire Beauvais-Compiègne-Soissons. Cette ligne relierait le Soissonnais et le Compiégnois à l’aéroport de Beauvais en 1 heure maximum, augmenterait les échanges entre l’Aisne et l’Oise, assurerait un développement horizontal de notre territoire, agissant comme un « multiplicateur régional », développant une ou plusieurs activités motrices. C’est important, jusque-là, notre région, nos départements, souffrent de n’être reliés que verticalement, car après l’achèvement du réseau ferroviaire après-guerre, les liaisons aboutissant à Paris ont continué d’être largement favorisées par rapport aux liaisons inter-régionales. C’est de bon sens toutefois, car nous allons vers Paris pour l’activité. Mais il faudra maintenant équilibrer et développer l’horizontalité picarde. Cela se justifie économiquement, et écologiquement : relier les pôles à l’aéroport, diminuer le transport routier individuel, mais pas seulement. Nous devons nous appuyer sur une autre force (assez méconnue de notre région) : notre patrimoine historique, et naturel. Nous sommes une région qui peut se targuer de posséder des châteaux, des parcs régionaux, des forêts, des lieux de mémoire et d’Histoire (grande guerre) et un accès à la mer. Ce n’est pas rien. Il y a donc une marge à exploiter : le tourisme de proximité. De proximité parce qu’il faut envisager un monde où la ressource énergétique est contrainte (c’est crédible et physiquement concret maintenant), De proximité car les difficultés économiques à venir vont nous faire préférer, bien souvent, le tourisme local aux vacances à l’étranger. De proximité car la croissance pour le pétrole étant nulle, et bientôt nulle pour le gaz, l’énergie disponible (réalité physique tangible, c’est du sérieux) va diminuer, et son coût, dans le même temps, augmenter. Nous serons contraints de limiter les déplacements, et de mutualiser le transport, car la mobilité, que nous le voulions ou non, est étroitement corrélée au prix de l’énergie. D’aucuns peuvent penser que nous trouverons « d’ici-là » d’autres énergies, mais des ingénieurs et des scientifiques reconnus (comme Jean-Marc Jancovici) estiment que le ratio nouvelle énergie (type solaire ou je ne sais quoi)/rendement nécessaire (pour maintenir notre train de vie actuel) ne pourra, quoi qu’il arrive (miracle compris !) pas remplacer le pétrole. Il n’est pas non plus absurde de penser que dans ce contexte où l’énergie disponible par personne est moindre, les unités de production, comme le signale Jancovici, vont devenir plus petites, et s’approvisionner sur des zones plus restreintes, limiter les échanges physiques et desservir des populations plus locales. Tout cela rejoint la réflexion sur les « coûts de transactions » dont l’importance, bien plus grande que le fameux « coût du travail » (en réalité « prix » de la force de travail) est éclairée par le prix Nobel d’économie Paul Krugman. Ces coûts de transaction sont la clé du développement économique pour la décennie à venir. C’est simple, cela veut dire qu’une production devra pouvoir réduire le temps et l’incertitude. Exemple : une entreprise pointue à Compiègne voit un ingénieur partir. Il faudrait 3 mois dans la Creuse pour le remplacer, puis 6 mois pour former son remplaçant. Or, dans le nord-est, près de Paris, l’entreprise trouve tout de suite quelqu’un de formé (d’où la nécessité d’exploiter le ration coût du foncier/taux d’’équipement favorable chez nous). C’est donc l’avant-garde que de parier sur cette « horizontalité territoriale ». En Picardie, quelles lignes ferroviaires nouvelles ont été installées depuis 1980-1990 ? Sauf erreur de ma part très peu. De même ce sont les 40 000 km de routes entièrement refaites sous Louis XV qui constituent l’essentiel de notre réseau national. Est-ce satisfaisant de devoir rouler 20 min pour rejoindre une commune distante de 15 km ? Vraisemblablement pas. Le débat est là : les moyens, la mutualisation pour réaliser, pour anticiper les évolutions, pour rapprocher les citoyens les uns des autres, pour rompre l’isolement. Il y a probablement des dizaines de projets, certes coûteux, mais diablement nécessaires pour notre développement, à l’inverse de cette logique de la contraction budgétaire absolue et inconditionnelle, dont le réel indique d’ailleurs qu’elle augmente les maux qu’elle prétend guérir. Nous devrions interroger la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) à ce sujet, en tout cas, ses responsables et les Ministres de tutelle, sur les outils mis à disposition de notre région, pour enrayer le saccage industriel dont nous avons été victimes. Il faut sonner l’alerte et solliciter ceux qui sont acteurs de l’aménagement du territoire, pour les prendre à témoin. Il y a des choses à dire, et surtout à débattre. Par principe, une réforme territoriale comme celle avancée par le gouvernement devrait faire l’objet de débats publics réguliers pendant au moins une année. Ils nous mettent au pied du mur, et nous surprennent par l’urgence. La France, et les français, en sortiront désabusés. Encore plus qu’ils ne le sont aujourd’hui. Pour ma part, l’élu clermontois que je suis, soissonnais de naissance et descendant de compiègnois, je ne peux pas me résoudre à l’obéissance passive vis-à-vis d’un centralisme parisien, non plus jacobin, mais purement libéral. C’est la dictature de Paris que je refuse. Cela dit, cela ne fait pas de moi un régionaliste. Je crois au couple Commune-Département, lieux de vie qui font sens pour les français. J’estime d’ailleurs nécessaire de réduire la région aux enjeux tendanciels susmentionnés (tourisme, transport, aménagement), et pourquoi pas, de développer une région qui serait un syndicat de départements. Cette région-syndicat de départements pourrait être dotée d’une caisse régionale d’équipement, alimentée par les contributions de l’Etat, des départements, et de la caisse des dépôts, et servirait, au développement routier, à la construction d’universités, d’équipements culturels et sportifs, entre autres. Nous pourrions également imaginer une société de développement de la Picardie, nous permettant de nous émanciper des marchés financiers en mobilisant l’épargne des citoyens de Picardie au profit d’activités régionales (Histoire, patrimoine, liaisons douces, etc.). L’imagination ne manque pas. La démocratie locale doit vivre.

La question picarde dans le détail

20140611-180428-65068625.jpgPropos liminaire : Je ne suis pas un « régionaliste » au contraire. Je m’en suis expliqué dans mon précédent article.

Je connais bien la Picardie. Et je connais bien la Champagne-Ardenne. Je suis né à Soissons, comme ma mère avant moi. Mon père, lui, est né à Compiègne. Une partie de ma famille y est d’ailleurs encore installée dans l’Oise, au nord de Compiègne, et l’autre partie dans l’Aisne, à Soissons. J’ai vécu une année à Saint-Quentin, et joué pour son club de basket si populaire le SQBB. J’ai vécu aussi dans la Marne, à Châlons-en-Champagne, où j’ai joué là-aussi pour un club de basket réputé, l’Espé basket, pendant une année. Aujourd’hui je suis élu de Clermont-de-l’Oise.

Je sais que les soissonnais sont tournés vers Reims, j’ai vu de nombreux camarades partir y étudier. Je sais que le week-end est propice pour ceux-là à une virée commerciale chez Ikéa, ou dans le centre-ville aux galeries commerciales. Je sais aussi que les soissonnais prennent le train pour se rendre sur leur lieu de travail à Paris, assez bien reliée en TER (un peu plus d’1 heure). Je sais que Saint-Quentin, dans l’Aisne, n’a que très peu de liens avec Soissons, pourtant dans le même département. De fait, aucune ligne TER ne relie Soissons à Saint-Quentin de manière directe. Il est plus aisé d’aller à Saint-Quentin de Compiègne, que d’aller à Saint-Quentin de Soissons. Saint-Quentin c’est déjà le nord, quand Soissons est la « plaine de Paris », au même titre que Château-Thierry. Je sais que Clermont-de-l’Oise vit entre deux cœurs : l’amiénois, et Paris. Je sais aussi que Clermont ne se vit comme loin de rien, ou plutôt comme proche de tout, mais au cœur de la Picardie : partagé entre le plateau picard rural, et le sud de l’Oise très urbain. C’est un pôle d’équilibre.

Voyez, il y a 100 réalités, pour 100 territoires, et 100 populations aux besoins divergents. Un habitant de l’Ouest de l’Oise pourrait vous dire à quel point il est normand, un habitant du sud de l’Oise pourrait vous affirmer que pour lui, la vie est à Paris, un habitant du nord de l’Oise déclarerait facilement sa flamme au Nord – Pas de Calais, quand un habitant de l’est du département partagerait son cœur entre Paris et l’Aisne, département avec lequel nous partageons une rivière. Et il en va de même de tous les départements picards, au moins l’Aisne et l’Oise comme je l’ai montré. Mais tous, tiennent à une forme d’équilibre me semble-t-il. Cet équilibre, il n’est pas constitué sur un espace territorial totalement cohérent c’est vrai. Entre les plaines du Nord, et les plaines de Paris les différences sont nombreuses. Mais globalement, chacun est d’accord pour préserver la communauté d’intérêts picards constituée pour pourvoir Amiens de l’Aisne et de l’Oise et résister au fort attrait de Paris et de sa région. Chacun est d’’accord pour défendre la vitalité rurale, adossée parfois à des centres urbains. En gros, chacun est d’accord pour dire que, non, tout ne se résume pas à Paris.

Si la Picardie actuelle ne recoupe pas une « culture » Picarde historique totale, on ne peut nier qu’une culture picarde se soit constituée depuis les années 1960. D’ailleurs le problème n’est pas réellement là, car à trop chercher la cohérence culturelle on crève de différentialisme et de combats identitaires dépassés. Non le problème c’est qu’un modèle alternatif, mais néanmoins voisin de celui de la région parisienne aurait pu être initié, mais qu’il ne l’a été que très insuffisamment. Depuis 1960, les investissements structurants pour relier les territoires entre eux sont rares voire inexistants compte tenu des casses industrielles et de la pauvreté tendancielle en Picardie.. Je pense au rail. Si ma commune Clermont est très bien reliée, il en va différemment de Beauvais, par laquelle la ville de Compiègne est inaccessible en TER, comme Clermont d’ailleurs. Aussi, il est impossible en TER de se rendre de Soissons à Compiègne, communes pourtant peu éloignées.

Tout cela conduit à un constat : l’Etat n’investit plus. Non, il n’investit plus. Ce sont les collectivités territoriales qui ont pris le relai, augmentées de nouvelles compétences, mais amoindries sans cesse de ressources financières. Cela nous amène à une situation déplorable qui voit les très gros centres urbains, les métropoles se développer (cf. le tram de Reims, cf. le TGV Paris-Reims, cf. le développement du Grand Lille, cf. le Grand Paris), et la ruralité mourir lentement du fait de la dévitalisation des villes moyennes.

Voilà la France des pôles, de régions plus grandes que le Danemark ou la Belgique. France du tout urbain forcé, alors que notre nature est à l’équilibre entre l’urbain et le rural. Cette France que l’on dessine à l’appui de la nouvelle carte régionale est absurde. Elle est de court-terme. De court-terme car cette carte, monstruosité technocratique méprisable, élude le réel. Le réel : la contrainte de l’approvisionnement énergétique qui va grandissante. Cette réalité à venir, éclairée brillamment par Jean-Marc Jancovici : les logements d’aujourd’hui ne sont pas situés là où seront les emplois de demain. De fait, la croissance potentielle pour le pétrole étant nul, et bientôt nul pour le gaz, le prix de l’énergie par conséquent ira croissant. Dans les 30 ou 40 prochaines années, les unités de production vont devenir plus petites et s’approvisionner sur des zones géographiques plus restreintes, prendre en charge un nombre plus important d’étapes de transformation pour limiter les échanges physiques et desservir des populations plus locales. A cet égard, aucune réflexion sérieuse n’a été menée sur l’impact du Canal Seine-Nord attendu depuis des lustres, et qui modifiera très certainement les bassins de vie et d’emploi.

Tout cela mérite au moins réflexion. Une carte régionale bâclée à Paris dans le contexte mérite par principe d’être rejetée.

Quelques arguments pour répondre à la « déforme » territoriale

De la politique menée par le gouvernement, il ne s’en tirait surtout jusqu’à présent que de la réprobation plus que de la révolte. Désormais, le seuil de la révolte n’est pas très loin.

Chômage accentué, précarité grandissante, incertitudes accrues, perte de confiance aggravée, cela ne suffisait pas à François Hollande d’avoir échoué piteusement sur la question économique et sociale, il lui est apparu nécessaire de briser des échelons territoriaux qui avaient pourtant fait la preuve de leur utilité concrète (sans être parfaits bien entendu, mais quelle structure l’est ?).

La majorité des régions seront ainsi sommées de fusionner et les départements seront progressivement vidés de leurs prérogatives pour disparaitre « à l’horizon 2020 ». La Picardie, elle, devra se rapprocher de la Champagne-Ardenne.

Le gouvernement s’appuie sur trois arguments, assez simplistes il faut le dire, pour « justifier » cette déforme (et non une réforme) territoriale : premièrement il faut faire des économies, deuxièmement les régions sont trop petites, et troisièmement les départements « ont vécu ». Voilà l’essentiel des arguments du gouvernement et de François Hollande.

L’argument des « économies » réalisées est avancé avec insistance. Évidemment il est faux : aucune économie ne sera réalisée à l’appui de cette déforme territoriale, bien au contraire. D’abord parce que de manière asse20140605-130305-46985439.jpgz évidente et banale, on ne sort pas ni de l’endettement, ni d’une économie qui stagne à 0,2% de croissance en contractant la dépense publique. Ce n’est pas une affirmation purement théorique, c’est une observation du réel : le ratio dette/PIB augmente à mesure que le déficit (donc l’investissement public) baisse.

C’est factuel : depuis que cette politique dont l’objectif autoproclamé est de « désendetter » et de « faire des économies » est appliquée, la dette publique française n’a cessé d’augmenter, et l’activité n’a cessé de reculer. La dette a, depuis 2010, effectivement augmenté de 10 points, quand l’activité n’a fait que reculé ou stagner. À cet égard Gaël Giraud, l’économiste jésuite, pouvait récemment dire : « Baisser maintenant les dépenses publiques est catastrophique : cela accentue la pente déflationniste sur laquelle nous glissons et ne permet même pas d’améliorer le ratio dette/PIB. »

Aucune économie, aucun désendettement ne sera réalisé, aujourd’hui, à l’appui d’une baisse de la dépense publique. Le réel prouve le contraire. On voit donc bien où conduira la suppression et l’entrave des échelons territoriaux qui sont à l’origine de 70% de l’investissement public en France.

La fédération nationale des travaux publics est venu confirmer ce constat (certes avec quelques intérêts notoires dans l’affaire) il y a quelques semaines : « En plus des conséquences sociales sur l’emploi, reporter ou annuler l’investissement en faveur de notre patrimoine en routes, ponts, réseaux d’eau et d’électricité fera porter un poids encore plus lourd sur la dépense publique… à venir ! », et de chiffrer les destructions dans ce secteur à 37 000 emplois.

Moins d’investissement, donc moins d’activité, donc moins de rentrée fiscale, donc un endettement accru. C’est un pur cercle vicieux.

Le deuxième argument du gouvernement concerne la fameuse « taille critique » : les régions trop petites doivent fusionner, quant aux départements encore plus petits ils ont vécu et doivent disparaitre. C’est une bêtise qui éclaire les méthodes de la technocratie à l’œuvre : des protocoles standardisés et un traitement machinique du réel.

La taille n’est pas un argument. Par exemple, la Bavière est bien plus grande que le Limousin ou la Picardie. Mais ce n’est pas le cas des Lander de Hambourg ou de Brème. De même aux USA, la grand taille de la Californie ou du Texas n’a pas conduit le Connecticut à fusionner avec le Rhode Island, ni le Massachusetts avec le New Hampshire.

La meilleure taille pour une collectivité est celle qui fait sens pour ses habitants ! Rendez-vous compte, la future région Picardie-Champagne sera bien plus importante en superficie que des pays comme le Danemark, les Pays-bas, la Suisse, et la Belgique ! Il est parfaitement malhonnête de prétendre que les compétences exercées par ces nouveaux pays régionaux de France, le seront avec la même efficacité, et la même précision que par les départements et les communes.

C’est absurde. Les picards vont se retrouver à devoir voter pour un Président de Région qu’ils n’auront pour la plupart d’entre-deux jamais vu ni entendu de leur vie, et qui ne saura rien de la commune et du département dans lesquels ils vivent, ni des problèmes concrets qui se posent à eux.

La « taille critique » n’est qu’un prétexte fallacieux pour saper la proximité des collectivités locales à taille humaine, mais aussi la légitimité de l’Etat. C’est un projet doublement funeste qui aboutira à un morcellement concurrentiel de nos territoires, adossé nous le verrons bientôt à la possibilité pour ces nouveaux petits pays régionaux, ces nouvelles féodalités, d’une initiative législative. La loi sera différente selon que vous vivrez dans le Limousin ou en Picardie. Je ne dis pas que cela arrivera demain, mais le mouvement en prend la forme à moyen ou long terme.

Cette approche de reconcentration et de recherche de l’effet de taille aura un coût lié au rapprochement des structures : les structures plus lourdes ne sont pas forcément les plus économes ni les plus réactives.

Cela aura aussi des effets pratiques pour les personnes fragiles qui auront une difficulté plus grande encore pour trouver leur place dans des territoires élargis.

Enfin, dernier argument : « les départements ont vécu ». Les départements nous ont été légués par la révolution française, comme la Commune. En déclarant que le Département a vécu, François Hollande opère une dénonciation symbolique subreptice : la révolution a vécu, et les conquêtes de la révolution ont vécu. C’est le message de fond : les marchés, la modernité, la compétitivité, les économies, etc., tout cela nécessite de rompre avec 1789.

Ce discours était prôné il y a peu par Jean-François Copé et l’UMP. François Hollande a pris le relai. C’est un néfaste argument, car qui mieux que le conseil municipal ou le conseiller général pour mesurer et défendre les initiatives locales propres à la ruralité, au secteur associatif, aux solidarités, etc.

Aujourd’hui, la réalité objective prouve que la démocratie locale est l’endroit où la démocratie, le foisonnement démocratique s’exprime le mieux. Nous pouvons le mesurer à l’ampleur prise par la gestion de l’eau en régie publique, à l’appui d’élus locaux sensibles à la question, et bien souvent initialement minoritaires. Les départements et les communes permettent d’expérimenter des procédures et des politiques, de les évaluer et, si le bilan est porteur de les étendre aux territoires.

Supprimer les élus locaux, le plus souvent bénévoles, c’est supprimer les résistances, les initiatives, qui font que les petits tracas quotidiens et concrets, trouvaient un relai efficace et souvent dévoué auprès des institutions.

On éloignant les habitants de la décision, on prend un risque énorme : celui de ne pas savoir comment accompagner les habitants, comment répondre à leurs spécificités, comment construire avec eux les politiques qui les concernent.

Quelle erreur ! Quelle funeste erreur ! Elle donne raison au proverbe : « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clou ».

Nota bene Le débat sur la Région est un piège car il occulte le vrai sujet, c’est-à-dire la suppression du couple commune – département. Cependant puisque la question se pose du bon rattachement, je dois dire que je suis particulièrement hostile à un rattachement à la Champagne-Ardenne. Cela doit contenter mes amis soissonnais (de par leur proximité avec Reims) mais c’est un très mauvais choix, car les bassins de vie qui nous rassemblent de la Champagne-Ardenne sont bien moins nombreux que ceux qui nous rapprochent du Nord-Pas-de-Calais. Le Nord de l’Aisne, le Nord de l’Oise, la Somme, c’est le Nord. Il y a des communs culturels et géographiques en Picardie majoritairement tournés vers le Nord. L’ensemble du territoire picard constitué dans les années 1960 : les plaines du Nord et une partie des plaines de Paris, avaient un intérêt commun à résister à Paris et à sa proche banlieue. C’est toujours le cas. Mais choisissons au moins un compromis pertinent.

Faire de la politique autrement, retour sur la Voix est libre.

FR3DC4Le Service public de l’audiovisuel est utile. Sans lui, aucun jeune picard n’aurait été invité à participer à l’émission La voix est libre. C’est une leçon. Il faut insister là-dessus, c’est important : sans le Service public de l’audiovisuel certains débats pourtant indispensables n’auraient pas lieu. C’est ainsi grâce à France 3 Picardie, chaîne publique, que 4 jeunes picards ont pu débattre librement de sujets politiques locaux et nationaux.

Je remercie chaleureusement le personnel de France 3 Picardie : techniciens et journalistes. Leur accueil est digne des valeurs du Service public.

J’ai reçu pour ma part, comme suite à l’émission, des messages de sympathie et des encouragements, y compris de citoyens qui ne partagent pas spontanément mes convictions politiques, mais qui ont reconnu une certaine franchise et clarté dans mes propos. Les différences n’empêchent pas le respect parait-il.

Il me semble important de revenir sur trois points : d’abord, il est impossible de considérer le problème de la jeunesse indépendamment des autres. Le problème de la jeunesse c’est d’abord la puissance du système de reproduction sociale. Ce système héréditaire qui voit le parcours des jeunes déterminé selon les ressources économiques et culturelles de leurs parents. Le problème posé aux jeunes est un problème posé à la société toute entière : c’est la reproduction des inégalités. On ne changera rien au sort des jeunes sans régler ce problème.

FR3DC3Ensuite, face aux diverses mesures prises par les nouveaux maires du Front National, que dire? Avant tout qu’il s’agit d’une gigantesque diversion. L’exemple de Villers-Cotterêts est éclairant : aucune alternative de gestion publique locale n’a été proposée. Le FN se rend bien compte, confronté à la gestion concrète, qu’il ne produira aucun miracle, et surtout que son discours de campagne l’enferme dans une logique de contraction de l’investissement public local. Alors il produit des subterfuges, et des diversions, pour que nous ne pointions pas son vrai problème : son incompétence lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de la population. Le Front national opère une diversion symbolique (ne pas commémorer) pour masquer un vide concret.

Enfin, il faut dire une chose : nous n’intéresserons pas les jeunes à la politique si nous ne leur donnons pas accès aux leviers du changement politique, économique et social. Les jeunes de 18 à 30 ans doivent être associés aux exécutifs des collectivités, et pas seulement pour s’occuper de la jeunesse ou de la citoyenneté, mais pourquoi pas des finances, de l’urbanisme, du logement… Cette bataille du renouvellement s’engage dès maintenant, à l’appui d’une réflexion sur le renouvellement de nos pratiques, de la façon dont nous parlons à la population. Probablement doit-on intégrer que la vie politique a bougé, comme les rythmes de vie, comme le rapport à l’information, et que la spontanéité et la liberté doivent primer dans nos engagements.

J’essaye pour ma part à Clermont, d’agir en ce sens, à l’appui de mon engagement d’élu. Je le fais car c’est nécessaire, et surtout conforme à mes convictions.

Entretien avec Gaël Giraud, le jésuite qui tient tête aux banques.

Un petit clin d’œil à mes amis, qui pensent que nous pouvons avoir une lecture unique du monde catholique, et auxquels je réponds invariablement que les catholiques regroupent des sensibilités très différentes. La preuve avec Gaël Giraud : catholique, jésuite, qui s’attaque aux dérives bancaires, et à l’austérité. Le rassemblement, c’est aussi respecter ceux qui ne sont pas immédiatement et initialement proches de nous.