Gare de Clermont : des modifications d’horaires qui posent problème

Je suis un usager très régulier du ter, doublé d’un farouche défenseur du service public. C’est pourquoi j’ai pris connaissance, avec grand intérêt, de l’action menée par le collectif «SNCFvamtuer ».

Si je ne partage pas l’idée induite par l’intitulé du collectif que ce soit la SNCF qui nous « tue », mais plutôt les dirigeants de celle-ci à l’appui des consignes du gouvernement, et d’une vision économique ringarde, il faut reconnaitre que la démarche est utile et pertinente.

Elle permet d’éclairer, de manière documentée et précise, les conséquences de la dégradation du Service public ferroviaire sur le quotidien des usagers et de leurs familles.

En l’espèce, à compter de décembre 2014, les horaires changent pour toutes les gares au nord de Creil, dont la gare20140710-143639-52599247.jpg de notre commune Clermont-de-l’Oise.

Dans un tract, le collectif alerte sur les conséquences de ces modifications à Clermont : des horaires décalés de 30 minutes, aller et retour, un cadencement inadapté aux heures de bureau, et des trous d’offre (aucun train entre 18h07 et 19h04).

Tout cela vient s’ajouter, à une échelle plus globale, à des suppressions de contrôleurs sur certaines lignes (dont Paris-Beauvais), la suppression de l’accueil physique dans certaines gares, voire la suppression pure et simple de gares.

C’est un plan d’ensemble : celui de la réduction du Service public ferroviaire, qui doit, comme l’a confirmé le gouvernement dans son programme national de réforme, conduire à moyen terme, à une privatisation du rail.

Cette privatisation du rail, nous pouvons en mesurer les conséquences à l’étranger, notamment en Angleterre : moins de trains, des voyages qui coûtent plus chers, l’orientation vers les seules et uniques lignes « rentables », et une sécurité plus que laborieuse.

Beaucoup en Europe qui ont expérimenté la privatisation, souhaitent un retour de la puissance publique. C’est le cas en Suède où 70 % de suédois sont favorables au retour d’un monopole d’Etat sur les chemins de fer, un score qui monte à 84 % chez les personnes âgées et à 81 % chez les habitants du nord du pays.

Il s’agit d’un besoin élémentaire : se déplacer, se rendre sur son lieu de travail, assis, en un temps acceptable. La SNCF peut et sait faire. Il faut qu’elle en ait les moyens.

Plus d’informations sur le site du collectif : http://sncfvamtuer.wordpress.com

La Picardie dans 20 ans, ça pourrait être le paradis!

La région Picardie, oui, en effet, traverse des difficultés économiques. Il suffirait de comptabiliser le nombre d’emplois industriels perdus depuis 1990 pour s’en rendre compte. Cela dit, il serait excessif de sombrer dans un catastrophisme territorial, focalisant sur nos difficultés. Nous avons des atouts, qui, très probablement, seront décisifs à moyen ou long terme. Je sais, qu’aujourd’hui, à cet instant, cela pourra faire sourire d’aucuns, qui connaissent peu la Picardie, et qui ne se projettent pas à l’appui d’une réflexion globale, mais la région Picardie, si elle existe encore dans 15 ans (je le souhaite !) peut s’en sortir. C’est en m’intéressant aux travaux de Laurent Davezies que j’ai confirmé, ce que j’avais compris intuitivement il y a plusieurs années. Depuis 2000, on mesure que ceux qui quittent les villes le font pour une quête de qualité de vie. Cette dernière se trouvera dans des régions relativement bien équipées en termes d’infrastructures, de moyens de transports, d’accès à des réseaux de télécommunications. Ce sont les anciens territoires industriels situés dans le nord-est français. Ils sont « au cœur de l’Europe » comme le souligne Laurent Davezies, proches des grands centres économiques, et disposent de nombreuses infrastructures grâce à un siècle et demi d’urbanisation et d’équipement. Nous disposons aussi d’une force: le logement, chez nous, n’est pas cher (comparativement à la région parisienne). Dans 15 à 20 ans ce besoin nouveau, plus important, aura atteint un seuil critique : le besoin d’espace. L’espace dans les grandes villes dynamiques étant très cher, nos valeurs foncières et immobilières sont des atouts considérables. Cela intéressera les retraités qui vont connaître (hélas) une baisse de leur pouvoir d’achat dans les années à venir. Le « faible » coût du foncier, à l’appui d’un taux d’équipement relativement satisfaisant attirera aussi les travailleurs indépendants, dont l’augmentation se fait jour depuis 10 ans. Ces travailleurs exercent chez eux, qu’ils soient intellectuels, artisans ou professionnels d’internet. Nous devrions y réfléchir sérieusement. D’autant plus que nous le savons désormais, les métropoles –souvent vantées– assurent, certes, la croissance, mais pas le développement : en somme, les indicateurs (solde migratoire, revenu, emploi, pauvreté) soulignent que le groupe Paris, Lyon, Lille et Marseille ne se porte pas si bien que cela. Le développement se fait ailleurs, en « régions » comme on dit précautionneusement, dans les « territoires ». Ainsi, aux métropoles la croissance, aux territoires le développement. Cela posera d’autres problèmes c’est vrai, car il faudra maintenir un ratio population/équipement suffisant pour endiguer le risque de cité-dortoir, et surtout maintenir la mixité sociale. Ce s20140703-171643-62203827.jpgera dur, ne nous le cachons pas, si les contraintes budgétaires absurdes que le gouvernement (et les prochains) impose ne cessent pas (11 milliards d’euros en moins dans les caisses des collectivités d’ici à 2017). Les deux tendances précitées devraient, à tout le moins faire cesser les ricanements de ceux qui du haut de leur métropole, méprisent les régions « rurales » ou équilibrées. N’enterrons pas trop vite la Picardie. Changeons de prisme ! Et surtout, considérons le moyen, et long terme. Anticiper, lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’organisation des territoires est un exercice indispensable. Ainsi, pourquoi ne pas s’appuyer sur l’indicateur de santé sociale, mis en place par des universitaires lillois (Clersé Lille 1) pour mesurer le « bien-être économique » de nos régions, et décider en fonction de ce dernier, quels doivent être les moyens à affecter à ces dernières. De ce point de vue, il apparait que la Picardie ne s’est pas faite assez entendre. Il aurait fallu crier notre colère. Aujourd’hui certains territoires ne vont pas trop mal (et c’est heureux), mais se plaignent beaucoup (je pense à la Bretagne, que j’aime par ailleurs énormément), alors que nous autres, dans le nord-est, sommes fortement pénalisés pour le moment. Nous n’avons pas, nous (encore une fois : pour le moment), d’économie résidentielle, notre industrie s’effondre et l’emploi public s’est affaibli avec le départ de multiples casernes (Compiègne et Noyon pour prendre deux exemples très locaux). Nous sommes les plus dépendants des fonds publics et pourtant les moins entendus. Dans l’absolu, la situation économique et sociale de la Picardie aurait pu justifier que le gouvernement opère un moratoire dans notre région, des baisses de dotations. Ces baisses de dotations, c’est nous qu’elles vont le plus pénaliser, ainsi que des régions comme les Pyrénées-Orientales ou le Limousin. La question d’un équilibrage entre régions doit être posée. La question des moyens surtout. Car les atouts dont je parlais précédemment nécessitent, pour que nous en profitions tous, que des politiques publiques soient mises en place. Justement, nous pouvons penser, à l’appui du pôle Compiègne-Soissons, qui est appelé à devenir ce nord-est « cœur d’Europe » (dont le rayonnement géographique pourra supplanter celui d’Amiens), notamment grâce au Canal Seine-Nord Europe, que le développement interdépartemental est nécessaire. Je me suis récemment laissé aller à un rêve fou : celui de la réalisation d’une ligne ferroviaire Beauvais-Compiègne-Soissons. Cette ligne relierait le Soissonnais et le Compiégnois à l’aéroport de Beauvais en 1 heure maximum, augmenterait les échanges entre l’Aisne et l’Oise, assurerait un développement horizontal de notre territoire, agissant comme un « multiplicateur régional », développant une ou plusieurs activités motrices. C’est important, jusque-là, notre région, nos départements, souffrent de n’être reliés que verticalement, car après l’achèvement du réseau ferroviaire après-guerre, les liaisons aboutissant à Paris ont continué d’être largement favorisées par rapport aux liaisons inter-régionales. C’est de bon sens toutefois, car nous allons vers Paris pour l’activité. Mais il faudra maintenant équilibrer et développer l’horizontalité picarde. Cela se justifie économiquement, et écologiquement : relier les pôles à l’aéroport, diminuer le transport routier individuel, mais pas seulement. Nous devons nous appuyer sur une autre force (assez méconnue de notre région) : notre patrimoine historique, et naturel. Nous sommes une région qui peut se targuer de posséder des châteaux, des parcs régionaux, des forêts, des lieux de mémoire et d’Histoire (grande guerre) et un accès à la mer. Ce n’est pas rien. Il y a donc une marge à exploiter : le tourisme de proximité. De proximité parce qu’il faut envisager un monde où la ressource énergétique est contrainte (c’est crédible et physiquement concret maintenant), De proximité car les difficultés économiques à venir vont nous faire préférer, bien souvent, le tourisme local aux vacances à l’étranger. De proximité car la croissance pour le pétrole étant nulle, et bientôt nulle pour le gaz, l’énergie disponible (réalité physique tangible, c’est du sérieux) va diminuer, et son coût, dans le même temps, augmenter. Nous serons contraints de limiter les déplacements, et de mutualiser le transport, car la mobilité, que nous le voulions ou non, est étroitement corrélée au prix de l’énergie. D’aucuns peuvent penser que nous trouverons « d’ici-là » d’autres énergies, mais des ingénieurs et des scientifiques reconnus (comme Jean-Marc Jancovici) estiment que le ratio nouvelle énergie (type solaire ou je ne sais quoi)/rendement nécessaire (pour maintenir notre train de vie actuel) ne pourra, quoi qu’il arrive (miracle compris !) pas remplacer le pétrole. Il n’est pas non plus absurde de penser que dans ce contexte où l’énergie disponible par personne est moindre, les unités de production, comme le signale Jancovici, vont devenir plus petites, et s’approvisionner sur des zones plus restreintes, limiter les échanges physiques et desservir des populations plus locales. Tout cela rejoint la réflexion sur les « coûts de transactions » dont l’importance, bien plus grande que le fameux « coût du travail » (en réalité « prix » de la force de travail) est éclairée par le prix Nobel d’économie Paul Krugman. Ces coûts de transaction sont la clé du développement économique pour la décennie à venir. C’est simple, cela veut dire qu’une production devra pouvoir réduire le temps et l’incertitude. Exemple : une entreprise pointue à Compiègne voit un ingénieur partir. Il faudrait 3 mois dans la Creuse pour le remplacer, puis 6 mois pour former son remplaçant. Or, dans le nord-est, près de Paris, l’entreprise trouve tout de suite quelqu’un de formé (d’où la nécessité d’exploiter le ration coût du foncier/taux d’’équipement favorable chez nous). C’est donc l’avant-garde que de parier sur cette « horizontalité territoriale ». En Picardie, quelles lignes ferroviaires nouvelles ont été installées depuis 1980-1990 ? Sauf erreur de ma part très peu. De même ce sont les 40 000 km de routes entièrement refaites sous Louis XV qui constituent l’essentiel de notre réseau national. Est-ce satisfaisant de devoir rouler 20 min pour rejoindre une commune distante de 15 km ? Vraisemblablement pas. Le débat est là : les moyens, la mutualisation pour réaliser, pour anticiper les évolutions, pour rapprocher les citoyens les uns des autres, pour rompre l’isolement. Il y a probablement des dizaines de projets, certes coûteux, mais diablement nécessaires pour notre développement, à l’inverse de cette logique de la contraction budgétaire absolue et inconditionnelle, dont le réel indique d’ailleurs qu’elle augmente les maux qu’elle prétend guérir. Nous devrions interroger la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) à ce sujet, en tout cas, ses responsables et les Ministres de tutelle, sur les outils mis à disposition de notre région, pour enrayer le saccage industriel dont nous avons été victimes. Il faut sonner l’alerte et solliciter ceux qui sont acteurs de l’aménagement du territoire, pour les prendre à témoin. Il y a des choses à dire, et surtout à débattre. Par principe, une réforme territoriale comme celle avancée par le gouvernement devrait faire l’objet de débats publics réguliers pendant au moins une année. Ils nous mettent au pied du mur, et nous surprennent par l’urgence. La France, et les français, en sortiront désabusés. Encore plus qu’ils ne le sont aujourd’hui. Pour ma part, l’élu clermontois que je suis, soissonnais de naissance et descendant de compiègnois, je ne peux pas me résoudre à l’obéissance passive vis-à-vis d’un centralisme parisien, non plus jacobin, mais purement libéral. C’est la dictature de Paris que je refuse. Cela dit, cela ne fait pas de moi un régionaliste. Je crois au couple Commune-Département, lieux de vie qui font sens pour les français. J’estime d’ailleurs nécessaire de réduire la région aux enjeux tendanciels susmentionnés (tourisme, transport, aménagement), et pourquoi pas, de développer une région qui serait un syndicat de départements. Cette région-syndicat de départements pourrait être dotée d’une caisse régionale d’équipement, alimentée par les contributions de l’Etat, des départements, et de la caisse des dépôts, et servirait, au développement routier, à la construction d’universités, d’équipements culturels et sportifs, entre autres. Nous pourrions également imaginer une société de développement de la Picardie, nous permettant de nous émanciper des marchés financiers en mobilisant l’épargne des citoyens de Picardie au profit d’activités régionales (Histoire, patrimoine, liaisons douces, etc.). L’imagination ne manque pas. La démocratie locale doit vivre.